Castro est mort, vive Castro ?

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La nouvelle ne vous aura pas échappé. Fidel Castro est décédé le 25 novembre 2016 à La Havane, à l’âge de 90 ans. De Trump à Maradona, en passant par Bachar al-Assad, Poutine, ou encore la classe politique française, tous ont réagi à la mort de l’ancien chef de l’État. De nombreux rassemblements spontanés dans le monde ont rendu hommage au père de la révolution cubaine, ou ont célébré sa mort. Si on ne connaît pas cette figure du XXe siècle, ces réactions sont difficiles à comprendre.

Je n’ai pas décidé d’écrire cet article pour donner mon avis et vous convaincre du bien-fondé de la politique de Fidel Castro, ou de son échec. Je ne partagerai pas mon opinion politique, je préfère vous transmettre mon savoir sur la question, vous donner les clés pour comprendre cet événement et les réactions qui l’entourent, afin que vous vous fassiez vous-même votre avis. C’est là le rôle du prof, je crois.

Castro jusqu’à ses 22 ans : je vous préviens, c’est sportif ! 

L’ancien chef d’État s’est éteint après cinq décennies passées à la tête du régime, et une sixième à l’écart du pouvoir pour raisons de santé.

Bien avant cela, Fidel (né le 13 août 1926) entre à l’université de la capitale cubaine le 4 septembre 1945 d’où il sort docteur en droit en 1950. Il éveille sa conscience politique en militant au sein de la FEU (Fédération des étudiants d’université). En 1947, il adhère au Parti du peuple cubain, parti nationaliste. En juillet 1947, il participe à une tentative manquée de débarquement en République dominicaine dans le but de renverser le dicateur en place, Trujillo. En 1948, il participe à des émeutes à Bogota déclenchées suite à l’assassinat d’un candidat de gauche à la présidence de Colombie. Résultat : 3 000 morts.

Comme vous le voyez, Fidel n’a alors que 22 ans et quelques expériences révolutionnaires (plus ou moins concluantes…) à son arc.

La dictature de Batista et l’arrivée au pouvoir de Fidel

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En 1952, le colonel Fulgencio Batista (allié des États-Unis, à retenir…) fait un coup d’État à Cuba. Le jeune avocat Fidel Castro tente un recours devant la Cour constitutionnelle, qui est rejeté. Il choisit alors l’action pour faire tomber la dictature. Le pays devient peu à peu le lieu du jeu et du plaisir des États-Unis : mafia, prostitution, casinos, drogue… L’économie cubaine est dominée par les entreprises et banques nord-américaines.

En 1953, quelques 150 jeunes, dont Fidel Castro et son frère, Raul, tentent de faire tomber le régime par une insurrection. Celle-ci est réprimée, les deux frères sont arrêtés, condamnés à quinze ans de prison et déportés au pénitencier de l’Île des Pins. Ils seront néanmoins amnistiés et libérés en 1955.

Fidel fuit alors pour le Mexique. Il y crée le Mouvement du 26-juillet. Un jeune médecin argentin révolutionnaire les rejoint : Ernesto Guevara, appelé le « Che ». Ils lancent l’assaut de Cuba en barque et font s’écrouler la dictature de Batista en janvier 1959.

Les États-Unis reconnaissent alors le nouveau gouvernement, pour rompre ensuite les relations diplomatiques avec Cuba en 1961. Cuba se rapproche de l’URSS en pleine guerre froide et sera d’ailleurs le nœud d’une tension entre les deux géants, causée par la volonté des soviétiques d’installer un missile sur l’île, ce qui ne se fera finalement pas.

Un symbole controversé du XXe siècle

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Fidel Castro est célèbres pour ses coups d’éclats et ses longs discours, pour son uniforme vert olive ou son côté relax avec son jogging Adidas et baskets au pied, ses cigares et sa légendaire barbe. Il représente avant tout un symbole du communisme et de l’anti-impérialisme américain. Il aura su se rapprocher des puissants selon les contextes internationaux, d’abord l’URSS puis le Venezuela d’Hugo Chavez. Il aura vu défilé 11 présidents américains et a survécu à 638 complots pour l’assassiner (selon le Livre Guinness des Records). Il sera resté à la tête de l’État malgré un embargo commercial et financier en vigueur depuis l’administration de John F. Kennedy qui continue de peser sur l’économie du pays (notons qu’une série d’assouplissements a été mise en place sous la présidence de Barack Obama).

La révolution cubaine est l’une des plus polémiques du XXe siècle, Comment comprendre les différentes réactions dont nous parlions au début de l’article, les rues inhabituellement vides de la Havane le lendemain de son décès, ou encore les scènes de liesse à Miami ? Beaucoup sont fascinés par ce régime qui n’a jamais cédé devant les États-Unis, qui se targue d’avoir éradiqué l’analphabétisme et développé un système de santé accessible à tous les habitants de l’île. Toutefois, non moins nombreux sont ceux qui dénoncent les incessantes violations des droits de l’homme perpétrées par le régime. Les détentions arbitraires et la persécution des opposants sont pointées du doigt, tout comme la fermeture de librairies ou la chasse aux homosexuels.

J’espère que vous comprenez mieux maintenant les réactions mitigées à l’international. Barack Obama a parlé de « l’impact énorme » de Fidel Castro dans un communiqué. Donald Trump a préféré dénoncer le « dictateur brutal qui a opprimé son peuple ». François Hollande a souligné « les espoirs » suscités par la révolution cubaine, sans oublier « les désillusions qu’elle avait provoquées ». Le président chinois a bien sûr rendu hommage à l’ancien chef d’État cubain, tout comme Vladimir Poutine, Mikhaïl Gorbatchev (le dernier président de l’URSS) ou Alexis Tsipras. Pour sa part, Amnesty International n’a pas hésité à rappeler que « les accomplissements de Fidel Castro, qui a ouvert l’accès aux services publics à des millions de Cubains, ont été contrebalancés par une répression systématique des libertés fondamentales ».

Quel avenir pour Cuba ?

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Fidel Castro et son frère, Raul

Fidel Castro avait cédé le pouvoir à son frère Raul à partir de 2006, suite à une hémorragie intestinale. Ce dernier se retrouve pour la première fois seul aux commandes. Il a engagé un lent processus de « défidélisation » du régime, dès 2011 en prenant une série de mesures économiques destinées à sauver Cuba de la faillite. Il est également un des acteurs du rapprochement historique avec les États-Unis, ce qui contraste avec l’anti-américanisme radical de Fidel.

Il est fort probable que le processus d’ouverture économique commencé par Raul suive son cours, les changements pouvant même s’accélérer. Le régime garde pour l’instant son système politique, avec un parti unique, accompagné d’une « répression des libertés fondamentales », comme le dénonce l’organisation Amnesty International.

Lecture conseillée

Si vous voulez approfondir votre connaissance du guerrillero, je vous recommande cet ouvrage de Nancy Berthier, Fidel Castro, arrêt sur image. La Professeure des universités en espagnol à Paris-Sorbonne et directrice de l’UFR Études ibériques et ibéroaméricaines – que nous tenterons d’interviewer prochainement – y propose une étude sur l’image de Castro au XXe siècle, à Cuba et à l’international. Elle explique comment l’image initiale du Guerrillero actif à celle du vieux sage retiré des affaires de son pays mais pas des affaires du monde. Nancy Berthier analyse ainsi comment l’ancien Chef de l’État est devenu une icône aux multiples facettes.

Si vous voulez avoir accès au livre de Nancy Berthier, Fidel Castro, arrêts sur images,  cliquez ci-dessous !

Cet article vous permet-il de mieux comprendre les réactions à la mort de Fidel Castro ?

Quelle a été la vôtre à l’annonce de la nouvelle ? A-t-elle changé à la lecture de cet article ?

Votre avis m’intéresse. N’hésitez pas à laisser des commentaires pour que je puisse vous lire et vous répondre.

 

 

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