Jurer comme… un Espagnol

jurer espagnol

Stéréotype ou réalité ? Les Espagnols sont connus dans le monde pour leur langage fleuri et la diversité de leurs insultes. Des images fortes, un sens littéral souvent lié à des tabous tels que la sexualité ou la religion, voilà la recette des jurons espagnols tels qu’on les connait. Et pourtant, ils n’ont parfois même pas valeur d’insultes, ce sont seulement des exclamations, voire des éloges. Voici donc un récapitulatif peu académique des pires grossièretésque l’on peut trouver en espagnol (non, pas les pires quand même). Car si un étranger doit manipuler les gros mots en espagnol avec beaucoup de précautions, il est très important qu’il les comprenne ! Attention quand même aux âmes sensibles, certaines expressions peuvent choquer !

Les gros mots en Espagne : une spécialité ?

Si la réputation des Espagnols n’est plus à faire en ce qui concerne les grossièretés, il est difficile pourtant de trouver des études sérieuses indiquant des statistiques qui prouveraient qu’à ce jeu-là, ils sont champions du monde. Il faudra donc se satisfaire de notre intuition, et de l’expérience que l’on peut avoir en quelques minutes de conversation avec des natifs.

D’où viennent les gros mots ?

Les gros mots sont nés dès l’Antiquité, et s’ils sont décriés, c’est parce qu’ils évoquent les tabous de la société dans laquelle ils sévissent. Ainsi, en Europe, dans l’Antiquité puis au Moyen-âge, les pires jurons étaient ceux ayant trait au sexe et aux excréments. À la Renaissance, comme l’explique la spécialiste en gros mots, Melissa Mohr, ce sont les injures liées à la religion qui gagnent du terrain. Et plus encore en Espagne, pays catholique jusqu’auquel n’est pas arrivée la révolution protestante. Les insultes aux figures religieuses («Me cago en la Virgen»…) ou aux symboles de la religion («Hostia!») y sont particulièrement communes. C’est de cette époque aussi que naîtraient des expressions telles que « Por Dios » ou « Vete al Diabo ».

Le castillan et le catalan auraient toujours été des langues très riches en insultes et en blasphème. Pour le professeur de plurilinguisme Emili Boix, toute la question est qu’aujourd’hui, en Espagne, on dit tout haut ces vilains mots qu’autrefois on dissimulait. Sans compter que les femmes jurent autant que les hommes désormais ! Cette utilisation décomplexée de grivoiseries telles que « coño », « gilipollas » ou « joder » serait vraiment une singularité nationale, liée à l’avènement tardif de la démocratie. Bon nombre de sujets étaient en effet interdits ou tabous à l’époque de la dictature. 

jurer espagnol gif

À quoi servent les gros mots ?

D’après le psychologue Timothy Jay, un autre spécialiste des jurons, les gros mots ont une forte charge émotionnelle. Ils nous permettraient donc de soulager notre stress et de transmettre aux autres ce que nous ressentons. De plus, pour lui, les grossièretés facilitent pour l’individu une forme de cohésion sociale. Elles créent un sentiment d’insertion. Et même, selon le professeur de psychologie de l’Université de Keele, Richard Stephens, les jurons seraient une « réponse naturelle à la douleur », qu’ils pourraient aider à supporter. Vu de cette manière, si l’on dit beaucoup de gros mots en espagnol, c’est simplement que les Espagnols travaillent à leur cohésion sociale, et évacuent par la parole le stress et la douleur. 

Pourtant, les gros mots en espagnol ne servent pas toujours à insulter ni offenser. Bien souvent, ils sont seulement un marqueur de camaraderie ou de complicité, et peuvent même exprimer des louanges dans certains cas. Néanmoins, si vous n’êtes pas certain d’en maîtriser les nuances, il vaut peut-être mieux s’abstenir de les utiliser ! Passons à la pratique !

Connaître les principaux gros mots espagnols

Une fois de plus, il est impossible d’être exhaustif et objectif. Voici donc une sélection des gros mots en espagnol, choisis pour leur fréquence, leur intérêt (si ! si !) ou leur degré de curiosité.

Hostia

L’hostie est une petite rondelle de pain, que le prêtre consacre pendant la messe. On est donc en plein dans le fort symbole religieux, et donc dans le blasphème. L’hostie est évoquée dans bon nombre d’expressions espagnoles !

  • «Hostia !» Comme interjection, elle équivaut à un « merde » français retentissant. Un Espagnol très en forme, ou très énervé, pourra même la faire suivre d’un autre fleuron du vocabulaire ibérique, avec l’expression « Hostia puta ! ».
  • «Te voy a dar una hostia!» signifie «Je vais t’en coller une».
  • «Me cago en la hostia»: «je suis dégoûté», «je suis furieux»
  • «Ir a toda hostia» : «Aller très vite», on retrouve cette formule dans les expressions courantes en espagnol.
  • Mais la « hostia » peut aussi indiquer quelque chose d’important ou d’extraordinaire : « Esa chica es la hostia » (« Cette fille est incroyable »), ou encore «Esa noticia es la hostia !» (« Cette nouvelle est extraordinaire ! »)

Cabrón

Moins choquant, le mot cabrón signifie littéralement « Bouc », mais cette insulte espagnole est utilisée très fréquemment. Si votre interlocuteur vous traite de «cabrón», il trouve visiblement que vous êtes un connard ou un salaud. Ou alors peut-être qu’il vous envie, tout simplement ? S’il vous assène un «Qué suerte tienes, cabrón!», on sera plus proche du français «hé ben quelle chance tu as mon salaud ». Presque affectueux.

Joder

« Joder » est le verbe qui correspond à la pratique de l’acte sexuel. C’est aussi la base de plusieurs gros mots en espagnol. Utilisé seul («joder!!») il a le même sens que «punaise !» ou «purée !» (en moins soft !). Pour certains, qui le mettent dans toutes les phrases, il s’agit presque d’une simple ponctuation.

Utilisé comme attribut du sujet, il indique qu’on nous a porté préjudice : « Con esa lluvia, estoy jodido » (« Avec cette pluie, je suis perdu/foutu… baisé… » appelons un chat un chat.) On peut aussi l’utiliser comme verbe : «esa lluvia me está jodiendo» («cette pluie me casse… les pieds» 😊). Enfin, ce verbe décidément très expressif, peut indiquer qu’on ne veut pas être embêté : «Estoy cabreado ! No me jodas!» (« Je suis énervé, me fais pas ch#$%&! »)

A tomar por culo

Le sens littéral n’est pas très chic : « À prendre par le cul ». Néanmoins cette expression espagnole est très utilisée et a deux sens. Le premier indique seulement une distance très éloignée. Par exemple, «mi nuevo trabajo está a tomar por culo» (« mon nouveau travail est à perpète les oies »). Le deuxième sens, déclinaison du premier, invite l’interlocuteur à aller se faire voir très loin d’ici : «no me jodas con tu música, vete a tomar por culo !» («ne me saoule pas avec ta musique, va donc voir là-bas si j’y suis !») Interprétation politiquement correcte mais tout à fait fidèle au sens 😉

De puta madre

Cette grossièreté infiniment grossière («de pute mère»… quand même…) est fascinante car elle atteind des sommets de vulgarité, et veut simplement dire «génial». Elle est utilisée partout, tout le temps. Exemple :

– Qué tal fue tu finde ?

– De puta madre!

(« Alors ton week-end ? Génial! »)

Coño

Ce mot, traduction de « con » dans son pur sens physiologique, est largement utilisé comme interjection, au même titre que « joder » ou « cabrón ». Tout comme le mot « con » en français, il est si répandu qu’il a perdu tout son sens littéral et presque toute sa charge choquante. On l’entendra dans des phrases telles que «Qué coño es eso ?» (« Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? »). «Coño, ves que es un perro!» (« tu vois bien que c’est un chien ! »)

Gilipollas

Un «gilipollas» est un abruti, un imbécile, une andouille. Le mot met vraiment l’accent sur l’immense bêtise du «gilipollas». Son origine étymologique est incertaine mais son sens est sans équivoque. Ce serait l’une des insultes les plus courantes en espagnol, et si l’on vous traite de «gilipollas», c’est que l’on vous prend vraiment, mais vraiment, pour un con.

Me suda la polla/Me la suda

Ce terme indique que l’on transpire du pénis, ce qui une fois de plus n’est pas le comble de l’élégance. Moins usitée que ses camarades précédemment évoqués, cette expression a néanmoins une place particulière dans mon cœur. En effet un jour, mon chef madrilène, m’a lâché à je ne sais quel sujet «Me la suda». Comme je ne comprenais pas, je lui ai demandé ce que cela signifiait. Et là, plutôt que de me dire simplement, et sans rentrer dans les détails, que l’expression signifiait qu’il « n’en avait rien à faire », il a entrepris de m’expliquer qu’il… suait du kiki. Dans l’intimité d’une réunion formelle, cela crée une ambiance particulière. Bref, le sens littéral n’a aucune importance. «Me suda la polla» = «j’en n’ai rien à faire»

Il en manque énormément bien sûr. Mais si vous comprenez ces quelques vulgarités, vous vous éviterez déjà un certain nombre de déconvenues. Vous cesserez d’être choqué au premier gros mot en espagnol, et vous saurez si vous devez vous sentir insulté ou pas. En revanche, on ne le répètera jamais assez, si vous ne maîtrisez pas les grossièretés ibériques, il vaut mieux éviter de les utiliser. Rassurez-vous, il existe d’autres façons d’apprendre à parler espagnol comme un natif.

Article proposé par Violaine de VF-Rédaction.

Connaissiez-vous ces gros mots ? En connaissez-vous d’autres ? On se retrouve tout de suite dans les commentaires !

25 Comments

  1. DJ Valérie dit :

    Un artículo como siempre muy interesante y divertido ! De puta madre !

    1. DJ Valériiiiiiieee 🙂
      Muchas gracias a ti por tu mensaje !!! Espero que pases buenas vacaciones 😉
      Besitos !!

  2. Monique Lallement dit :

    Quelle excellente idée de nous expliquer tous ces jurons, que l’on n’utilisera jamais, bien sûr mais qui nous aident clairement à distinguer leur degré de gravité ! Merci Karim, voilà un cours très utile.

  3. BRIGITTE TORRE dit :

    que ne conocia me suda la polla

  4. Hola
    Gracias para esta noticia muy interesante!
    Se puede oir en las series la palabra « chinga » o  » chingada ». No entiendo exactamente que significa y como se usa.

  5. Hola chinga tu madre gentuza pendejo mariposa

  6. Merci pour l’explication minutieuse.
    Je suis en Espagne depuis longtemps. J »entends autour de moi ces gros mots .Enfin, je comprends que mes camarades voulaient exprimer .
    Merci professeur !!
    Bonne continuation!

  7. Una vez en el diario El Levante, un periodico escribia a propósito de un corrupto famoso: « Tiene una casa de puta madre. » Pregunté al teniente del Supermercado con quien hablaba cada día cuando no tenía clientes, la significación de esa expresión. Ma la aclaró con un guiño y me dijo en valenciano eso se dice ¡de puta mare!

    1. Exacto !!! Se dice mucho en España. No es un insulto, sirve para valorar algo, de manera… bastante directa !!!
      Un abrazo,

  8. Récemment dans une série espagnole (vivir sin permisio) j’ai entendu et lu « malparido » ainsi que  »pendajo ». À noter que ceux qui les utilisaient était des criminels narco du Mexique et de Colombie, où les choses semblent très rudes! merci pour cet article super intéressant.

    1. Oui, merci pour ces deux expressions aussi utilisées couramment, surtout « malparido » 😉
      Un abrazo !!

  9. Les explications sont formidables, je prépare le capes. Je lis et je regarde des séries en espagnol mais j’avoue que la dernière expression m’a plutôt laissée sans mot dire…muchas gracias a todos

    1. Gracias por tu mensaje !!!
      Oui, la dernière expression est très osée… j’ai hésité à la mettre dans l’article, mais elle est assez utilisée par les hispanophones !
      Un abrazo,

  10. Hola Karim,
    Hay también otras expresiones con la palabra « pelotas ».
    Un día caminaba por Valencia. Vi un cartel grande con  » ¡La Generalitat nos deja en pelotas! ».

  11. Samuel Potvin dit :

    Oigo: la concha de tu madre!

    Creo que es más utilisado en argentina o america del sur, verdad?

  12. Samuel Potvin dit :

    He Oído: la concha de tu madre!

    Creo que es más utilisado en argentina o america del sur, verdad?

  13. lemelomane dit :

    Gracias por estas palabras especiales.
    No me guataría utlilisarles.
    ¡Hasta pronto !

  14. Super interesante, como siempre!
    Muchas gracias por este artículo cojonudo!

  15. Dominique hodson dit :

    sympa comme cours d’espagnol récréatif pour les vacances 😉
    Je n’ai plus qu’à regarder à nouveau la casa de papel et mieux saisir les paroles 😉
    Bonnes vacances à Barcelona !
    Dominique B&B La Teste

    1. Hola!!!
      En effet, la casa de papel est un parfait cours pour apprendre les palabrotas !! 😉
      Un abrazo,

  16. hahaha

    merci Karim ! j’ai bien ri !

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