Tu apprends l’espagnol, peut-être parce que tu rêves de vivre sous le soleil d’Andalousie. Ou peut-être que tu t’imagines déjà dans les ruelles animées de Barcelone. Ou encore sur les plages dorées des Canaries. Si c’est le cas, tu as raison de t’y intéresser sérieusement. Car au-delà de la langue, il existe un autre univers à découvrir : celui de la fiscalité en Espagne.
Je te le dis tout de suite : comprendre le système fiscal espagnol n’a rien de très glamour. Pourtant, c’est une étape essentielle de ton projet d’expatriation. Les règles d’imposition changent selon ton statut : résident ou non-résident. Les règles d’imposition changent selon que tu sois salarié, retraité, entrepreneur ou propriétaire d’un bien. Et les conséquences peuvent être très concrètes sur ton budget, tes démarches administratives ou même ton choix de région.
L’Espagne répartit ses impôts entre l’État et les régions, ce qui rend son système fiscal parfois complexe. Mais ne t’inquiète pas : on va le décortiquer ensemble, simplement, sans jargon inutile. Je t’explique comment l’administration calcule les impôts sur le revenu, la TVA, la fiscalité immobilière et l’imposition des sociétés.
Cet article t’aide à comprendre comment fonctionne la fiscalité espagnole avant ton installation. Tu découvriras ce qui t’attend si tu veux travailler, investir, étudier ou préparer ta retraite. Et qui sait, peut-être que ce sera aussi l’occasion d’apprendre quelques mots espagnols utiles : impuestos, declaración, residencia fiscal…
Alors, prends un café et installe-toi : on plonge ensemble dans le monde passionnant (et souvent méconnu) de la fiscalité espagnole.
Comprendre la fiscalité en Espagne
Les grands principes du système fiscal espagnol
Avant de t’installer de l’autre côté des Pyrénées, il faut saisir comment fonctionne la fiscalité en Espagne. Le pays applique un système fiscal à plusieurs niveaux. L’État, les régions et les municipalités collectent chacun une partie des impôts. Cette organisation fait varier la pression fiscale d’une région à l’autre.
Madrid reste souvent plus avantageuse que la Catalogne.
Si tu passes plus de 183 jours par an en Espagne, tu obtiens le statut de résident fiscal. Tu deviens résident fiscal espagnol aussi quand ton activité principale se déroule dans le pays. Dans ce cas, tu paies l’impôt sur le revenu en Espagne sur tous tes revenus mondiaux. Si tu restes résident français, tu déclares seulement tes revenus de source espagnole. L’Espagne te taxe alors comme non-résident.
Heureusement, la convention fiscale France-Espagne t’évite toute double imposition : tu ne paieras pas deux fois le même impôt. Mais attention, tu devras malgré tout faire une déclaration d’impôt en Espagne si tu perçois des revenus dans le pays.
Les autorités fiscales en Espagne
L’administration fiscale espagnole s’appelle l’Agencia Tributaria (AEAT). Elle gère la plupart des impôts nationaux. L’agence collecte l’impôt sur le revenu et la TVA en Espagne. Elle administre aussi l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur la fortune. Les régions, elles, peuvent ajuster certains taux ou offrir des réductions, notamment pour encourager l’investissement ou l’installation de nouveaux résidents.
En pratique, cela veut dire qu’un impôt espagnol n’est pas toujours identique d’une région à l’autre. Par exemple, la fiscalité immobilière en Espagne dépend aussi de ta commune : tu paieras une taxe annuelle appelée IBI, proche de la taxe foncière française.
La résidence fiscale en Espagne
Quand on envisage de s’installer sous le soleil ibérique, une question revient vite : où vais-je payer mes impôts ? Tout dépend de ta résidence fiscale. Comprendre ce statut, c’est la base pour éviter les mauvaises surprises et profiter sereinement de ta vie en Espagne.
Quand est-on considéré comme résident fiscal ?
En Espagne, la règle est simple : tu es résident fiscal si tu passes plus de 183 jours par an sur le territoire ou si le centre de tes intérêts économiques (activité professionnelle, revenus principaux, foyer familial) se trouve en Espagne. Autrement dit, même sans y vivre toute l’année, on te considère comme résident si ton activité y est établie.
Les conséquences fiscales de la résidence en Espagne
Ce statut détermine tout :
- Si tu es résident fiscal espagnol, tu es soumis à l’impôt sur le revenu en Espagne (IRPF) sur l’ensemble de tes revenus mondiaux : salaires, loyers, dividendes, retraites, etc.
- Si tu es non-résident, tu ne paies l’impôt en Espagne que sur tes revenus de source espagnole (par exemple, un loyer d’un appartement à Madrid).
La convention fiscale France-Espagne t’évite de payer deux fois le même impôt : chaque pays impose uniquement les revenus qui relèvent de sa compétence. Mais attention : même si la France t’exonère, tu dois parfois déposer toi-même une déclaration d’impôt en Espagne.
Le certificat de résidence fiscale espagnole
Tu veux prouver officiellement que tu es résident fiscal en Espagne ? Demande un certificado de residencia fiscal à l’Agencia Tributaria. Ce certificat prouve ton statut auprès des autorités françaises et espagnoles. Il te permet d’utiliser les avantages de la convention fiscale France-Espagne. Grâce à lui, tu évites de payer deux fois le même impôt.
Tu peux en faire la demande directement auprès de l’AEAT, en ligne ou sur place, une fois ta situation administrative stabilisée. Tu accomplis une formalité simple, mais essentielle : elle te permet d’être reconnu comme contribuable espagnol et d’obtenir de ton pays d’origine — la France, par exemple — une exonération de certaines retenues fiscales.
L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPF)
Quand tu deviens résident fiscal en Espagne, ton rapport aux impôts change complètement. L’IRPF, c’est l’équivalent espagnol de notre impôt sur le revenu en France. Il s’applique aux revenus des particuliers : salaires, pensions, loyers, dividendes… Bref, à tout ce que tu gagnes, que ce soit en Espagne ou à l’étranger.
Le barème et les taux d’imposition 2025
En 2025, le barème de l’impôt sur le revenu en Espagne reste progressif, comme en France. Il combine un taux national et un taux régional, ce qui fait que le montant total dépend de la communauté autonome où tu résides.
À titre indicatif, les taux cumulés varient généralement :
| Tranche de revenus imposables (€) | Taux d’imposition (%) |
|---|---|
| Jusqu’à 12 450 € | 19 % |
| De 12 451 € à 20 200 € | 24 % |
| De 20 201 € à 35 200 € | 30 % |
| De 35 201 € à 60 000 € | 37 % |
| De 60 001 € à 300 000 € | 45 % |
| Plus de 300 000 € | 47 % |
Certaines régions — comme Madrid ou Murcie — appliquent des réductions, tandis que d’autres, comme la Catalogne, conservent des taux un peu plus élevés. C’est une particularité de la fiscalité espagnole : l’État fixe une base, mais chaque région peut ajuster.
Ne t’inquiète pas : la convention fiscale France-Espagne évite que tu paies deux fois le même impôt. Un seul pays taxe tes revenus, selon la nature de ces revenus et le lieu où tu les déclares.
Les déductions et crédits d’impôt disponibles
Le système fiscal espagnol prévoit plusieurs déductions fiscales qui permettent d’alléger l’impôt, selon ta situation personnelle.
Par exemple :
- des réductions pour enfants à charge ou famille nombreuse ;
- des avantages pour investissements dans ta résidence principale ;
- des déductions pour dons ou cotisations à des retraites privées (planes de pensiones).
Si tu travailles en Espagne, tu peux aussi déduire une partie de tes dépenses professionnelles. Ces dispositifs reflètent la volonté du pays d’adapter la fiscalité des expatriés en Espagne à la réalité des ménages, tout en encourageant l’épargne et l’investissement.
Et si tu perçois des revenus locatifs, la fiscalité immobilière en Espagne prévoit également des abattements pour la location de logements destinés à la résidence principale du locataire.
L’impôt sur les non-résidents (IRNR)
Si tu n’es pas résident fiscal espagnol, tu restes tout de même concerné par l’impôt en Espagne pour un non-résident (IRNR). Cet impôt s’applique uniquement sur tes revenus de source espagnole : loyers, salaires locaux, dividendes d’entreprises espagnoles, etc.
Le taux d’imposition est fixe (et non progressif) :
- 24 % pour les contribuables non-résidents hors Union européenne ;
- 19 % pour les résidents d’un pays de l’UE, donc les Français.
Tu dois déposer une déclaration d’impôt en Espagne (le formulaire Modelo 210) pour déclarer ces revenus.
Là encore, la convention fiscale France-Espagne joue un rôle essentiel : elle définit quel pays peut taxer quoi, afin d’éviter une double imposition.
Enfin, n’oublie pas que ta situation patrimoniale peut t’amener à payer l’impôt sur la fortune en Espagne, surtout si tu détiens un bien immobilier ou des placements de valeur. Et si tu exerces une activité professionnelle, l’impôt sur les sociétés en Espagne ou la TVA en Espagne peuvent également s’appliquer.
La fiscalité pour les Français en Espagne
Tu dois aussi comprendre comment la fiscalité espagnole s’articule avec celle de la France. La bonne nouvelle, c’est qu’un cadre légal solide existe pour éviter toute mauvaise surprise : la convention fiscale entre la France et l’Espagne.
La convention fiscale France-Espagne
Signée en 1995, cette convention fiscale bilatérale est là pour t’éviter la double imposition. En clair, elle définit quel pays a le droit de taxer tel ou tel revenu, selon sa nature (revenus du travail, pensions, revenus immobiliers, dividendes, etc.).
Par exemple :
- Tes revenus immobiliers provenant d’un logement situé en Espagne seront imposés là-bas, même si tu résides encore en France.
- Tes salaires espagnols, eux, seront imposés en Espagne si ton activité principale s’y déroule.
- Et si tu es résident fiscal espagnol, tu déclares tes revenus mondiaux dans ta déclaration d’impôt en Espagne, mais la France t’accorde un crédit d’impôt équivalent pour éviter toute double taxation.
Cette convention est donc la clé d’une fiscalité des expatriés en Espagne claire et équilibrée. Elle encadre aussi la fiscalité immobilière en Espagne et l’impôt sur le revenu en Espagne, tout en protégeant tes intérêts si tu conserves des biens ou des revenus en France.
Les retraités français en Espagne
De nombreux retraités français choisissent de poser leurs valises en Espagne, séduits par la douceur du climat et le coût de la vie plus abordable. Sur le plan fiscal, tout dépend du type de pension que tu perçois :
- Si tu touches une pension du secteur privé, elle est imposable en Espagne dès que tu es résident fiscal espagnol.
- En revanche, une pension de la fonction publique française reste imposable en France, même si tu vis en Espagne — la convention le précise clairement.
Une fois installé, tu paies la fiscalité espagnole de la retraite : l’administration intègre ton revenu global à l’impôt sur le revenu en Espagne (IRPF), selon le barème progressif en vigueur. Certaines régions accordent des allègements ou crédits d’impôt pour les seniors.
Les travailleurs frontaliers et les télétravailleurs
La mobilité professionnelle entre la France et l’Espagne s’est fortement développée, notamment depuis la généralisation du télétravail international. Mais attention : le lieu où tu exerces ton activité — physiquement ou juridiquement — reste déterminant pour ton imposition.
Si tu travailles en Espagne pour une entreprise espagnole, tu es imposé en Espagne sur ton salaire. Si tu vis en France, mais que tu télétravailles pour une entreprise basée à Barcelone ou Madrid, la situation se complique un peu : selon la durée et la nature de ton contrat, tu peux être considéré comme résident fiscal espagnol.
La convention fiscale France-Espagne permet néanmoins d’éviter les situations de double imposition. En pratique, il faut bien distinguer ton pays de résidence fiscale (là où tu passes plus de 183 jours par an) de ton pays d’emploi. Et si tu déclares des revenus dans les deux pays, le crédit d’impôt français viendra compenser ce qui a déjà été payé en Espagne.
Ce cadre s’applique aussi aux indépendants et entrepreneurs : selon la localisation de ton activité, tu seras soumis à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés en Espagne.
La fiscalité immobilière en Espagne
Acheter un bien immobilier en Espagne, c’est souvent un rêve : une maison blanche en Andalousie, un appartement à Barcelone, ou un pied-à-terre aux Baléares… Mais avant de signer, je vous conseille de comprendre la fiscalité immobilière en Espagne. Elle ne se limite pas à l’achat : elle englobe aussi les taxes locales, les impôts annuels et la fiscalité sur la revente.
Achat immobilier et impôts à l’acquisition
Lors de l’achat d’un bien, tu devras payer plusieurs taxes en Espagne, dont le montant dépend du type de bien et de sa localisation.
- Si tu achètes un logement neuf, tu seras soumis à la TVA en Espagne (IVA), au taux de 10 % pour les logements résidentiels, plus un petit droit de timbre (Actos Jurídicos Documentados, généralement entre 0,5 % et 1,5 %).
- Si tu achètes un bien ancien, tu paieras à la place l’Impôt sur les Transmissions Patrimoniales (Impuesto sobre Transmisiones Patrimoniales, ITP), dont le taux varie selon la région — en général entre 6 % et 10 %.
À cela s’ajoutent les frais de notaire, d’enregistrement et éventuellement d’agence. Ces coûts représentent souvent entre 10 % et 13 % du prix d’achat total.
L’Espagne n’applique pas de droits de succession déguisés à l’achat, mais la fiscalité peut varier pour les non-résidents. Si tu es Français non-résident, tu restes soumis à l’impôt en Espagne non-résident pour les revenus locatifs futurs du bien, et à la convention fiscale France-Espagne pour éviter la double imposition.
Impôts annuels sur la propriété
Une fois propriétaire, tu devras t’acquitter chaque année de certains impôts locaux. Le principal est l’IBI (Impuesto sobre Bienes Inmuebles), l’équivalent de la taxe foncière en Espagne. Il est calculé sur la valeur cadastrale du bien (valor catastral), et son taux dépend de la commune — souvent entre 0,4 % et 1,1 % de cette valeur.
Si tu es non-résident, tu devras également payer un impôt sur le revenu fictif lié à la possession d’un bien en Espagne, même si tu ne le loues pas. Cet impôt fait partie de l’impôt en Espagne pour les non-résidents et se déclare via le formulaire Modelo 210.
Enfin, si tu possèdes plusieurs biens de valeur importante, tu peux être concerné par l’impôt sur la fortune en Espagne (Impuesto sobre el Patrimonio). Cet impôt s’applique à partir d’un certain seuil, qui varie selon les régions (souvent à partir de 700 000 € de patrimoine net). Certaines communautés, comme Madrid, offrent une exonération totale.
Plus-value immobilière et impôts sur la vente
Si tu revends ton bien, tu seras soumis à l’impôt sur la plus-value immobilière, calculé sur la différence entre le prix de vente et le prix d’achat. Pour les résidents, cette plus-value est intégrée dans l’impôt sur le revenu en Espagne (IRPF), selon un barème spécifique :
- 19 % jusqu’à 6 000 € de gain ;
- 21 % jusqu’à 50 000 € ;
- 23 % jusqu’à 200 000 € ;
- 26 % au-delà.
Pour les non-résidents, la taxation est forfaitaire à 19 %, et l’acheteur doit généralement retenir une part du prix (3 %) pour le reverser directement à l’administration fiscale.
À cela peut s’ajouter une plus-value municipale, appelée plusvalía municipal, basée sur la hausse de la valeur du terrain depuis l’achat. Chaque commune fixe son propre taux.
La convention fiscale France-Espagne détermine dans quel pays cette plus-value est imposable, afin d’éviter toute double imposition. Dans la majorité des cas, c’est l’Espagne qui taxe la vente du bien situé sur son territoire.
L’impôt sur les sociétés en Espagne (IS)
Si tu envisages de créer ton entreprise de l’autre côté des Pyrénées, il faut bien connaître le fonctionnement de l’impôt sur les sociétés en Espagne — qu’on appelle Impuesto sobre Sociedades. Ce régime fiscal s’applique à toutes les entreprises résidentes en Espagne, qu’elles soient locales ou filiales étrangères. C’est l’un des piliers de la fiscalité des expatriés en Espagne lorsqu’ils entreprennent ou investissent.
Taux normal et taux régional 2025
En 2025, le taux général de l’impôt sur les sociétés en Espagne reste fixé à 25 %, un niveau légèrement inférieur à celui pratiqué en France.
Certaines entreprises bénéficient de taux réduits :
- 15 % pendant les deux premiers exercices pour les nouvelles sociétés ;
- 20 % pour les coopératives ou structures d’économie sociale.
Contrairement à l’impôt sur le revenu en Espagne, les taux de l’IS ne varient pas selon la région. Toutefois, certaines communautés autonomes, comme les îles Canaries ou Ceuta et Melilla, appliquent des avantages fiscaux régionaux, notamment via des crédits d’impôt ou des réductions d’assiette. Ces zones offrent donc un environnement particulièrement attractif pour les entrepreneurs étrangers.
Déductions et régimes spéciaux
Le système espagnol prévoit plusieurs régimes spéciaux et déductions fiscales destinés à encourager l’investissement et l’innovation.
Parmi les plus intéressants :
- Les déductions pour recherche et développement (R&D), innovation technologique ou création d’emplois ;
- Le régime des entreprises de taille réduite, qui permet d’amortir plus rapidement certains actifs ;
- Le régime des zones économiques spéciales (ZEC) des îles Canaries, avec un taux réduit pouvant descendre jusqu’à 4 % pour les activités éligibles.
Certaines sociétés peuvent aussi bénéficier d’exonérations partielles en cas de fusion, scission ou restructuration. Ce cadre fiscal souple et incitatif fait partie des raisons pour lesquelles de nombreux entrepreneurs choisissent l’Espagne pour y développer leur activité.
Fiscalité des dividendes et des filiales
Concernant les dividendes, le régime espagnol est plutôt favorable aux groupes et aux investisseurs étrangers. Les dividendes reçus par une société mère espagnole d’une filiale (espagnole ou européenne) peuvent être exonérés d’impôt à 95 %, à condition que la participation soit d’au moins 5 % et détenue depuis plus d’un an.
Pour les non-résidents, les dividendes versés depuis l’Espagne sont en principe soumis à une retenue à la source de 19 %, mais la convention fiscale France-Espagne permet souvent d’en réduire ou d’en supprimer la charge, selon le cas.
Ce régime s’inscrit dans une logique de non double imposition des bénéfices distribués, renforçant la compétitivité du pays et la fluidité des échanges intragroupes.
La TVA en Espagne (IVA)
Impossible d’aborder la fiscalité en Espagne sans parler de la TVA, ou Impuesto sobre el Valor Añadido (IVA). Que tu sois entrepreneur, freelance ou simplement acheteur d’un bien immobilier neuf, cette taxe te concernera forcément à un moment ou un autre. L’Espagne applique un système de TVA harmonisé avec celui de l’Union européenne, mais avec quelques particularités régionales à connaître.
Les taux de TVA applicables
En 2025, l’Espagne maintient trois taux de TVA (IVA) principaux :
- 21 % : le taux général, applicable à la majorité des biens et services ;
- 10 % : le taux réduit, qui s’applique notamment à la restauration, aux transports, aux logements neufs et à certains produits alimentaires ;
- 4 % : le taux super-réduit, réservé aux produits de première nécessité (pain, lait, médicaments, livres, journaux).
Les Canaries, Ceuta et Melilla ne font pas partie du territoire de TVA espagnol : elles disposent de leurs propres taxes locales, souvent plus faibles, ce qui explique leurs régimes fiscaux spécifiques.
Cette structure fait de la TVA en Espagne un impôt indirect stable, mais à surveiller de près si tu exerces une activité commerciale ou que tu investis dans l’immobilier.
Obligations déclaratives et seuils de facturation
Si tu exerces une activité professionnelle en Espagne, tu devras t’immatriculer auprès de l’Agencia Tributaria et obtenir un numéro de TVA intracommunautaire (NIF-IVA).
Les entreprises doivent ensuite déposer des déclarations périodiques :
- mensuelles, pour les grandes entreprises (chiffre d’affaires supérieur à 6 millions d’euros) ;
- trimestrielles, pour la majorité des PME et travailleurs indépendants (autónomos).
Les seuils de facturation imposent qu’à partir d’un certain montant, la facture doit mentionner la TVA espagnole et indiquer le numéro de TVA du client. Si tu fournis des biens ou services à d’autres pays de l’UE, il faut aussi tenir un registre des opérations intracommunautaires (Modelo 349).
Ces obligations sont importantes : une mauvaise déclaration ou un oubli de TVA peut entraîner des pénalités assez lourdes.
La TVA intracommunautaire pour les entreprises européennes
Pour les entreprises européennes, les échanges de biens et de services avec l’Espagne bénéficient du régime de TVA intracommunautaire. Cela signifie que, sous certaines conditions, la facturation peut être hors taxe, à condition que :
- les deux entreprises soient enregistrées à la TVA dans leur pays respectif ;
- la transaction porte sur des biens ou services réellement livrés entre États membres ;
- l’opération soit correctement déclarée dans les formulaires européens (Intrastat et Modelo 349).
Concrètement, une société française qui vend un service à un client espagnol n’appliquera pas la TVA française, et la TVA sera autoliquidée par le client en Espagne. Ce mécanisme évite les doubles impositions et simplifie la circulation des biens au sein de l’Union européenne.
Pour les entrepreneurs ou les expatriés en Espagne, bien comprendre la logique de la TVA espagnole est indispensable, surtout si ton activité implique des clients ou fournisseurs européens.
Autres taxes et impôts spécifiques
Au-delà de l’impôt sur le revenu, de la TVA ou de la fiscalité immobilière, l’Espagne applique aussi d’autres prélèvements moins connus, mais tout aussi importants. Ces impôts spécifiques varient souvent selon la région et peuvent avoir un impact direct sur ton patrimoine, notamment si tu es résident fiscal espagnol ou propriétaire d’un bien dans le pays.
L’impôt sur la fortune en Espagne
L’impôt sur la fortune en Espagne, ou Impuesto sobre el Patrimonio, concerne les personnes physiques dont le patrimoine net dépasse un certain seuil. En 2025, la base d’imposition nationale démarre à 700 000 €, mais chaque communauté autonome peut fixer ses propres règles.
Par exemple :
- La Communauté de Madrid applique toujours une exonération totale de cet impôt.
- En Catalogne, en revanche, les contribuables fortunés paient entre 0,21 % et 2,75 % selon la valeur de leur patrimoine.
L’impôt porte sur les biens immobiliers, les placements financiers, les œuvres d’art, ou encore les comptes détenus à l’étranger. Si tu es non-résident, il s’applique uniquement à ton patrimoine situé en Espagne. Et grâce à la convention fiscale France-Espagne, tu évites toute double imposition sur les mêmes avoirs.
Cet impôt vise avant tout les patrimoines importants : la grande majorité des expatriés n’y sont pas soumis, mais il reste essentiel de le connaître, surtout en cas d’investissement immobilier conséquent.
Les droits de succession et de donation
En Espagne, les droits de succession et de donation (Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones) sont prélevés au niveau régional. Cela signifie que le montant dépend fortement de l’endroit où se trouve le bien transmis ou où réside le bénéficiaire.
Les taux peuvent aller de 7,65 % à plus de 34 %, mais la plupart des régions appliquent des réductions importantes pour les héritiers directs (enfants, conjoints, parents). Ainsi, dans certaines communautés comme Madrid ou Murcie, les successions entre proches sont quasi exonérées.
Si tu es Français expatrié en Espagne, la convention fiscale bilatérale évite là encore la double imposition : les biens situés en Espagne sont taxés localement, tandis que ceux situés en France restent soumis à la fiscalité française.
À noter : les donations sont également taxables, mais souvent à des taux préférentiels lorsqu’elles concernent la transmission d’une résidence principale ou d’une entreprise familiale.
Taxes locales et environnementales
Les taxes locales constituent une part importante de la fiscalité espagnole. La principale est l’IBI (Impuesto sobre Bienes Inmuebles), équivalent de la taxe foncière française. Elle est due chaque année par les propriétaires, qu’ils soient résidents ou non.
Certaines communes ajoutent aussi des taxes sur la collecte des déchets, la voirie, ou encore les véhicules à moteur (Impuesto sobre Vehículos de Tracción Mecánica).
Enfin, dans le cadre des politiques de durabilité, l’Espagne a introduit plusieurs taxes environnementales :
- une taxe sur les émissions polluantes pour les entreprises industrielles ;
- une taxe sur les décharges et incinérations de déchets ;
- et, dans certaines régions, des contributions liées à la consommation d’eau ou à la production d’énergie.
Ces mesures s’inscrivent dans une logique de transition écologique et de décentralisation fiscale : chaque région adapte son cadre en fonction de ses priorités économiques et environnementales.
Comparatif : fiscalité Espagne vs France
| Type d’imposition | Espagne (2025) | France (2025) | Commentaires clés |
|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu | Barème progressif combinant un taux national et régional : environ 19 % à 47 %selon les revenus et la région. | Barème national progressif : 11 % à 45 %, plus contribution exceptionnelle au-delà de certains seuils. | En Espagne, la part régionale crée des écarts selon la communauté autonome. |
| Impôt sur les sociétés (IS) | 25 % (taux général) ; 15 % pour les nouvelles entreprises ; régimes spéciaux (Canaries, Ceuta, Melilla). | 25 % pour toutes les sociétés (depuis 2022) ; 15 % pour les PME sur une partie des bénéfices. | Taux proches, mais l’Espagne offre plus d’incitations régionales et sectorielles. |
| TVA / IVA | Taux normal 21 % ; réduit 10 % ; super-réduit 4 %. | Taux normal 20 % ; réduit 10 % ; super-réduit 5,5 % et 2,1 %(produits essentiels). | Structure similaire, mais l’Espagne taxe légèrement plus les produits de base. |
| Fiscalité immobilière (achat) | Logement neuf : TVA 10 % + droit de timbre (0,5–1,5 %) ; bien ancien : ITP 6–10 %selon la région. | Logement neuf : TVA 20 % ; bien ancien : droits de mutation 5–6 % selon la région. | L’achat immobilier est globalement moins taxé en Espagne, sauf à Madrid et Catalogne. |
| Taxe foncière / IBI | Impôt municipal IBI : environ 0,4 % à 1,1 %de la valeur cadastrale. | Taxe foncière variable selon les communes, souvent 0,5 % à 1,5 % de la valeur cadastrale. | Les taux sont similaires, mais les bases de calcul diffèrent (valeur cadastrale souvent inférieure en Espagne). |
| Plus-value immobilière | 19 à 26 % selon le montant et la résidence fiscale. | 19 % + prélèvements sociaux 17,2 %. | En Espagne, pas de prélèvements sociaux ; avantage net pour les résidents. |
| Impôt sur la fortune (Patrimonio / IFI) | Appliqué à partir de 700 000 €, taux de 0,2 à 3,5 % selon la région (exonération à Madrid). | Appliqué à partir de 1,3 million €, taux de 0,5 à 1,5 %. | L’Espagne le maintient au niveau régional, parfois supprimé localement. |
| Droits de succession / donation | 7,65 à 34 %, selon le lien familial et la région (réductions fréquentes pour les héritiers directs). | 5 à 45 %, selon le lien familial et la valeur du bien. | L’Espagne offre souvent des réductions régionales importantes (exonérations à Madrid). |
| Régime des retraités | Retraités résidents imposés à l’IRPF sur leurs pensions (progressif) ; convention pour éviter la double imposition. | Imposition en France sauf pour les retraités expatriés selon convention. | L’Espagne attire de nombreux retraités grâce à un coût de vie plus bas et une fiscalité claire. |
| Fiscalité des non-résidents | Revenus de source espagnole taxés à 19 % (UE) ou 24 % (hors UE). | Revenus de source française imposés selon nature (foncier, dividendes, etc.). | L’Espagne applique un taux fixe, sans barème progressif. |
En bref, j’espère que ce guide t’aura aidé à y voir plus clair sur la fiscalité en Espagne, et surtout sur ce qui t’attend si tu décides de franchir le pas de l’expatriation. Tu l’as vu, le système espagnol a ses particularités : impôts nationaux, différences régionales, conventions bilatérales… mais une fois qu’on en comprend les bases, tout devient beaucoup plus lisible.
S’expatrier, ce n’est pas seulement changer de pays : c’est aussi apprendre à naviguer dans un nouvel environnement administratif, à comprendre les formulaires, les règles fiscales et les démarches locales. Et tout ça devient infiniment plus simple quand on parle la langue.
Alors, si tu envisages de vivre, investir ou travailler en Espagne, n’oublie pas que la clé, c’est la langue : elle t’ouvre toutes les portes, y compris celles de la fiscalité et des démarches officielles.
Je t’invite donc à te former en espagnol dès maintenant : parler la langue, c’est comprendre le pays et c’est la meilleure façon de réussir ton projet d’expatriation, sereinement et en toute confiance.